2500 ans avant le cinéma

Le Bel Enfant (ο παίς καλóσ)

par Pierre Fresnault-Deruelle

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BIOGRAPHIE

Pierre Fresnault-Deruelle est ex-Professeur à Paris 1 (sémiologie de l’image). Il est  désormais membre coopté  du groupe INTRU (Interactions, transferts, ruptures  artistiques et culturels) de l’Université François –Rabelais de Tours.  Il a  fondé le MUCRI en 1999, écrit une vingtaine de livres, dont L’éloquence des images, PUF, 1993,  Intelligence des affiches,  Editions Pyramyd, 2011, Hergéologie, Presses universitaires François-Rabelais,  2013. Il prépare une livre sur Edgar-Pierre jacobs et un autre sur l’iconographie politique.

2500 ans avant le cinéma

Le Bel Enfant (ο παίς καλóσ)

par Pierre Fresnault-Deruelle

Peint sur le fond de cette coupe à boire, un jeune garçon, au corps singulièrement disposé, se donne de profil pour ce qui est de la tête et des jambes, et de face pour ce qui relève du torse. Il danse, en se dirigeant de gauche à droite. Mais, ce faisant, il regarde derrière lui.

Cette figure rouge sur fond noir, datant du VI°s avant notre ère, est contenue, tout entière, dans un cercle, ce qui explique peut-être la flexion des bras et des jambes (par contraste, on songe à l’homme de Vitruve, tel que l’a campé Léonard). La disposition des quatre membres obéit à un ordre qui rappelle la structure tournoyante des frises qu’on appelle « grecques » et qui symbolisaient les cycles de la nature( voyez encore la svastika sur le détail de céramique). Bref, Il y a de la roue dans cette composition où bras et jambes réalisent à peu de chose près la quadrature d’un cercle.

Il danse et tourne, ce garçon au corps bien découplé, comme pouvait tourner ce vase à boire dans la main de qui le tenait.

On sait que l’artisan qui a peint cette céramique ne fit que reprendre un stéréotype bien établi parmi les gens de sa corporation. Mais cette figurine témoigne aussi de ce que peindre veut dire : à savoir tracer des figures dont la fixité porterait en elle l’idée du mouvement qu’elle est pourtant incapable de reproduire. Ce garçon, qui s’agite, est l’émouvant témoignage de ce rêve auquel, longtemps avant l’invention du cinéma, les théâtres d’ombres, seuls, donnèrent quelque consistance.

La mise en relation des formes et de leurs supports est une des directions suivie par l’histoire de l’art depuis longtemps. « L’économie décorative » des images est-elle ainsi intimement associée à la narration figurative véhiculée par les grotesques, les bandes dessinées, les éventails, les bas reliefs, etc.

Auteur : Pierre Fresnault-Deruelle