Un volcan de rêve

Mekranoti

par Jean Arrouye

Un volcan de rêve

Mekranoti

par Jean Arrouye

Les sujets de tableaux du peintre anglais Yodli Zumloh sont des situations imaginées à partir d’expériences vécues. Ainsi ayant vu à Paris, à la Fondation Bismarck, une exposition sur L’art de la plume en Amazonie et ayant admiré particulièrement des coiffes cérémonielles en plumes multicolores des Indiens Mekranoti, Yodli Zumloh imagina que les membres de cette tribu s’étaient ralliés au mode de vie occidentale et avaient construit une ville moderne au pied d’un volcan, couvrant les principaux bâtiments de toits de tuiles de couleur rappelant ces coiffes. Dans le tableau le volcan est en éruption sans que cela semble inquiéter les habitants de la ville, à en juger par les deux que l’on voit, l’un péchant du seuil de sa maison située au bord de la rivière qui enserre la ville, l’autre tirant par sa laisse un chien qui renâcle à avancer.

Le poisson et le chien, tous deux rouges, sont disproportionnés par rapport à leur environnement. Ces deux traits caractérisent la fantaisie qui préside à la représentation du monde de Yodli Zumloh  Les différents constituants du paysage qu’il peint sont d’échelles très diverses. Un groupe de bâtiments est près de trois fois plus grand qu’un édifice proche, une table dressée en plein air, sur laquelle un verre, une bouteille vide, des fruits semblent être les restes d’un repas, est bien plus grande que ceux-ci, une amanite phalloïde (champignon fréquent dans les tableaux du peintre dont ils sont comme une signature) est aussi haute qu’eux et beaucoup plus qu’un sapin voisin. La liberté d’emploi des couleurs n’est pas moindre. Sur la table est un chat rouge, comme les autres animaux ; la plupart des sapins présents dans le paysage sont également rouges ; la couleur des plus hauts édifices semble vouloir respecter le conseil d’Eugène Delacroix que « vert et violet » doivent être utilisés « l’harmonie, c’est l’analogie des semblables, l’analogie des contraires », unifiés ici par la vigueur du trait qui cerne tous les objets.

Aucune retombée du feu qui s’élève et disparaît hors cadre n’étant perceptible et la lave contournant la ville en contrebas sans la menacer, ce paysage d’une ville paisible sous un volcan déchaîné acquiert une dimension onirique, qui fascine à proportion de son irréalisme. À moins qu’on ne voie dans la vigueur et l’abondance des productions du volcan un symbole de la vivacité de l’imagination et de l’alacrité de l’humour de son auteur.

Auteur : Jean Arrouye