Bord de Seine

Bord de Seine ( aux environs de Médan)

par Jean Arrouye

Bord de Seine

Bord de Seine ( aux environs de Médan)

par Jean Arrouye

Emile Zola, passionné de photographie, a abondamment photographié les environs de Médan, où il habitait, avec un appareil panoramique dont le fonctionnement reposait sur la rotation de l’objectif. Cet appareil permettait d’obtenir des vues trois fois plus larges qu’un appareil ordinaire mais avec la sujétion que le premier plan s’arrondissait convexement : par exemple sur une vue panoramique du village de Médan avec au premier plan la ligne du chemin de fer Paris-Le Havre, celle-ci, rectiligne et parallèle à l’horizon dans la réalité, prend sur le cliché l’apparence d’une courbe qui, sur les bords latéraux de l’image, est au tiers de la hauteur et, au centre, à moins du cinquième. Or, dans une photographie des bords de la Seine, qui coule au bas de sa propriété de Médan, Zola change l’inconvénient visuel en avantage expressif. Sur la rive du fleuve plusieurs péniches et un petit remorqueur sont amarrés. Zola se place de sorte à voir la plus proche des péniches légèrement en oblique et cadre de sorte qu’elle apparaisse sur la gauche de son image tandis que sur la droite on voit la Seine disparaître à l’horizon. La rotation de l’objectif parcourant l’espace dans lequel est située cette péniche incurve sa longue forme de sorte qu’elle semble s’infléchir pour s’orienter dans la direction que prend le fleuve et épouser en quelque sorte par avance la courbe qu’il dessine. De plus ce parcours de l’image fait passer d’une zone où l’eau du fleuve est grise à une zone où elle irradie la lumière et attire le regard par sa clarté. Le résultat est une image extrêmement dynamique, alors qu’en réalité tout est calme et immobile, ou plutôt, pourrait-on peut-être dire, c’est une image prémonitoire, car elle invite à imaginer le départ de la péniche et sa disparition au-delà de la partie visible du fleuve. En cela cette photographie est une invitation au voyage et, comme dans le poème de ce nom de Baudelaire, au terme du parcours de l’œuvre,

Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Auteur : Jean Arrouye