The Dance of nothing (en trois mouvements)

The Dance of nothing

par Jean-Louis Leutrat

The Dance of nothing (en trois mouvements)

The Dance of nothing

par Jean-Louis Leutrat

Premier mouvement
La carte d’un pays dont on ne se souviendrait pas de l’avoir jamais vu sur une carte. Au centre une surface grise (une mer ?) traversée de lignes régulières (des routes maritimes ? des longitudes ? des latitudes ?). Sur la droite, des surfaces ocres (des terres ?) avec des ondulations à la manière de lignes de niveaux approximatives. A gauche, d’autres terres nettement quadrillées comme sur une photographie prise d’un aéroplane. L’ensemble désigne des avenues peu compréhensibles. D’autres ramifications proviennent de ce que de l’encre a été renversée et s’est répandue en une masse uniforme d’abord, puis en filets ou en tentacules graciles recouvrant la carte, on peut le dire, de griffures inquiétantes.

Deuxième mouvement
Le mur d’une bâtisse avec des pierres séparées par des veines de ciment. Au centre, ce qui fut une ouverture a été obturé par des moellons réguliers et gris. Sur l’ensemble vient se poser l’ombre d’un arbre noueux dont le tronc se partage en une fourche. La partie droite de celle-ci déploie une sorte de toile d’araignée – des branches sans feuille ou presque. La lumière pourrait être hivernale – mais est-on jamais sûr de ces choses-là ?

Troisième mouvement
En haut à gauche une ferronnerie, ou un objet quelconque en fer, pose à l’esprit une question. Est-il fixé au mur dont il se détacherait ou ne s’agirait-il pas du pied d’une table qui reposerait sur un sol dallé ? Il faudrait alors passer d’une projection verticale à une horizontale, comme avec les cartes qui se lisent aussi bien sur le plateau d’une table que sur la surface d’un mur. Ainsi vont le monde et ses portulans. Le problème est de savoir comment attaquer l’œuf, par le gros bout ou par le petit ? On ignore le choix de Christophe Colomb mais on sait que son périple le conduisit aux Indes occidentales : il avait ignoré que le propre de l’œuf n’est pas de tenir debout mais de se renverser.

Auteur : Jean-Louis Leutrat