La robe de Camille

Portrait de madame Claude Monet

par

La robe de Camille

Portrait de madame Claude Monet

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Le fond de la toile représente un sofa sur lequel Camille Monet s’est éployée. Elle lisait Le Figaro, qu’elle tient encore, un café ou un thé à portée de sa main. Le sujet traité avait tout pour être lénifiant, Renoir, pourtant, en a fait le tableau le plus attachant. Le regard levé dans notre direction, Camille semble avoir été surprise par l’arrivée d’un tiers avec lequel nous nous confondons. La pose du personnage rappelle celle des Majas de Goya ( la Vestida et la Desnuda) mais aussi, Olympia de Manet ; a ceci près, cependant, que la robe de Camille constitue ici le motif principal de la toile. Paradoxe, cette robe, qui emplit de son flot la partie basse de la toile, n’est pas sans faire du personnage un étrange corps flottant. Une véritable rivière que cette robe ! Coulant au pied du sofa, elle serpente le long de la housse, pour s’enfiler jusqu’au bord inférieur de la toile qui l’arrête net. C’est une robe-monde. Bleus, verdâtres, blancs, gris, bruns s’y sont déposés comme autant de modulations dans un paysage. Des touches de vermillon, encore, complètent le vert tendre de la table de chevet tandis que des coquelicots ont discrètement fleuri sur le vêtement. Un degré plus haut, extraite du col vaporeux de l’habit, le visage de la brune Camille, bien qu’ en retrait, nous tient tête

Pierre Francastel a parlé des femmes de Renoir « (…) au visage rond, charnu, qui tire son charme non de la régularité des traits, mais de la fraîcheur de la peau, de l’éclat vivant des yeux et plus encore de la bouche charnue, rouge, humide comme un fruit mûr. » [ 5 ]. Il aurait pu ajouter concernant Camille qu’au portrait impressionniste de cette dernière est venu s’ajouter la marque du japonisme. Madame Monet ne participe-t-elle pas à sa façon de l’esprit des Uki-yo-è, dont on sait qu’ils disaient l’évanescence des choses ? Mais, nous sommes en France et c’est Renoir qui peint. Parce qu’il « flotte » ainsi qu’on l’a dit, le personnage se maintient ici dans un tout où la couleur prime sur la ligne et où la lumière l’emporte sur la forme. Renoir n’explique pas, il suggère.

auteur : Anne Eid