À la lumière d’Hiver

Pont-levis à Nieuw-Amsterdam (ou le pont tournant à Nouvel-amsterdam

par Déborah Heissler

À la lumière d’Hiver

Pont-levis à Nieuw-Amsterdam (ou le pont tournant à Nouvel-amsterdam

par Déborah Heissler

Ne peut-on rêver d’une plus grande « transparence », dans laquelle les choses seraient simplement situées, mises en ordre avec les tensions que créent les distances, les accents particuliers que donne l’éclairage ? Pour Vincent Van Gogh travaillant sur Le pont tournant à Nouvel-Amsterdam, peindre exactement la lumière n’est plus le fait d’un mélange pigmentaire associant diverses couleurs ou bien une couleur et du blanc uniquement.

Les blancs qui, dans cette aquarelle, dessinent la perspective givrée où évolue le personnage isolé, loin de séparer les différents plans de la composition, permettent d’entrer dans une multitude de rapports, d’autant plus ouverts qu’ils sont simplement suggérés. Offrant aux yeux et aux pas un espace que la nature reconquière, c’est une ligne sans ornement et sans détours qui découpe l’espace au premier plan – d’emblée il semble impossible de broder sur le motif du personnage esseulé, réduit à sa plus simple expression. La singularité soulignée de cette occurrence humaine, dans le panorama hivernal, est l’indice d’une prétention, non à l’exhaustivité ou à la clôture, mais plutôt au détail qui, lui, reste relativement indéfini ou difficile à définir et à circonscrire. Il faudra alors regarder de plus près.

Un second caractère de cette « écriture » est de produire une élusion de substance. Si les choses essentielles d’une certaine façon se dérobent toujours au regard, cet essentiel dans la composition aura les signes de l’éphémère, du lointain, de l’évanescent. L’allègement des choses, leur simplification, va ainsi de pair avec une ébauche d’abstraction qui réside dans le désir de rendre l’impression fugitive que produit un motif exposé à la lumière d’hiver. L’équivoque ici est celui du léger qui se fige et se ramifie, du clair et du presque bleu qui équilibre la composition ; cette épure de blanc – discrètement mêlée aux masses bleutées et grises du ciel et du givre – qui soutient l’immatériel, l’essentiel et exhausse l’agrégat de la neige, du gel, ne dédaignant pas que le motif soit brouillé par les conditions d’éclairage.

C’est bien « l’image » du promeneur qui relaie au final « l’abstraction » grise du ciel qui se reflète sur le chemin pris dans les glaces du premier plan, laissant présager l’imminence d’une mutation dans la présence allégée et diffuse de la lumière, qui trace cette axe médian, finement ciselé posant à lui seul le décor des fermes, du pont et des arbres dans la composition.

Le fait qui, en l’occurrence, intéressera le lecteur est celui de la nature contentieuse de la représentation – où le sentiment d’une convergence ouverte de la perspective, l’emporte de loin sur toute impression de désagrégation toutefois, d’incohérence organique ou encore d’opacité figurative. S’élabore au sein de cette aquarelle, toute une problématique de la vue et de l’observation, contribuant à dissiper comme l’illusion la plus tenace du « paysage » simplement.

Auteur : Déborah Heissler