La sensualité Vénicienne

Léda et le Cygne

par Frédérique Valery

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BIOGRAPHIE

Frédérique Valery est MCF associé en histoire de l'art Université de Corse, Pasquale Paoli et membre de l'UMR CNRS LISA 6240 dans la même Université. Il est l'auteur de l'ouvrage : « Etude Iconologique et Iconographique et Plastique des  Edicules Votifs dans les villes de Gênes et de Bastia à l’Epoque Moderne et Contemporaine,  (UMR CNRS LISA 6240), paru en décembre 2014, Editions Albiana.

PAR LE MêME AUTEUR

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La sensualité Vénicienne

Léda et le Cygne

par Frédérique Valery

À travers son œuvre intitulée Léda et le Cygne, Véronèse, utilise cette scène issue de la mythologie grecque afin d’exploiter l’aspect immoral de l’union contre-nature de Léda, jeune mortelle, avec Zeus qui prit l’apparence d’un cygne pour la séduire. « Comme souvent chez ce peintre, note Marie Dominique Roche, l’anecdote mythologique n’est qu’un prétexte à délectation. »

Grâce à l’emploi subtil de couleurs lumineuses et puissantes qui mettent en valeur toute la beauté du nu féminin, le peintre annihile ainsi la monstruosité de l’acte en lui-même au profit d’un fougueux corps à corps entre deux amants. Si Véronèse s’inscrit dans la mouvance de la peinture érotique vénitienne de son époque, il réussit à se distinguer de ses rivaux, comme le Titien, par sa manière d’idéaliser le corps féminin sans négliger pour autant le rendu du visage qui rappelle que l’artiste était reconnu pour ses talents de portraitiste.

En effet, dans son œuvre, Véronèse honore la magnificence du corps féminin dans la Venise du XVIe siècle à travers la représentation de la pulpeuse Léda, à la peau nacrée et à la coiffe savamment ornée de bijoux qui se noient dans une blondeur lumineuse. Il offre une vision de Léda semblable à celle d’une courtisane de harem entièrement nue et alanguie sur une couche, prête à satisfaire en priorité les désirs et plaisirs de son maître. Le cygne s’impose alors avec force sur l’héroïne en enfonçant ses puissantes pattes dans la chair blanche de la jeune femme avant de pénétrer fougueusement ses lèvres avec son bec. L’artiste donne au cygne une attitude masculine si réelle qu’elle réduit l’image de l’union zoophile au profit d’une approche plus humanisée de l’acte sexuel. Bien que des peintres célèbres, tel que Léonard de Vinci, ait donné une vision de deux corps dissemblables, Véronèse affirme une conception plus fusionnelle se rapprochant de certaines versions du mythe grec. En effet, le peintre intensifie l’union charnelle des deux protagonistes grâce au choix des couleurs. Il insiste sur la blancheur du plumage de l’animal qui s’harmonise avec celle de la couche, mais ce blanc immaculé semble souillé par le froissement des draps occasionné par l’assaut des deux amants. Par ailleurs, l’œil du cygne couleur rubis rappelle le pourpre de la courtine qui obstrue le second plan de l’œuvre, tel un rideau de théâtre qui ne préserve aucunement l’intimité du couple, mais encourage un certain voyeurisme de la part du spectateur.

À travers la richesse de cet intérieur feutré, l’artiste révèle l’opulence de la société vénitienne mais aussi sa perception de la beauté féminine de cette époque. Dès lors Léda représente le corps idéal, avec ses proportions académiques et son teint diaphane. Elle séduit l’homme et le réduit au rang de spectateur et non d’acteur. Ainsi celui-ci se trouve contraint de l’observer hors champ. Ce rapport entre voyeurisme et séduction aurait pu engendrer un sentiment de frustration. Il n’en est rien car, au contraire, Léda attise le désir masculin et devient alors l’incarnation de ses propres fantasmes.

Auteur : Frédérique Valery