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	<title>Mucri &#187; Paysage</title>
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		<title>Une carte postale avant la lettre</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2015 08:07:25 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le sujet de la toile et son traitement ne sont pas sans évoquer la peinture populaire telle qu’elle se développa dans le nouveau monde colonisé (Canada, Brésil, etc.).]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<p>Le sujet de la toile et son traitement ne sont pas sans évoquer la peinture populaire telle qu’elle se développa dans le nouveau monde colonisé (Canada, Brésil, etc.). Ajoutons que le XVII° hollandais ou le XVIII° vénitien produisirent nombre de palais peints au pied desquelles grouillaient des personnages réduits à la taille d’insectes. Il s’agissait autant d’animer le paysage urbain que de donner une échelle de grandeur aux édifices représentés.</p>
<p>Ce qui tranche ici avec ces peintures tient pour partie au point de vue adopté par l’artiste. D’une part, Bouret brosse sa pagode depuis un lieu mental élevé (au niveau du 4° étage de l’édifice) ce qui a pour effet de faire du bâtiment un objet aussi bien « aérien » que « terrestre ». D’autre part, s’il s’agit d’illustrer (au sens premier du terme) ce curieux bâtiment, assimilable à ce qu’on appelait une « folie », il convient surtout de noter que la pagode, quoique éloignée, à la netteté d’un d’une maquette où nul détail ne manquerait.</p>
<p>Construite quelques années avant la chute de Louis XVI, la pagode n’a rien perdu de la wunderkunst qu’elle prétendait être lorsque Le Camus de Mézières en dressa le plan : elle est, non seulement, toujours digne d’être représentée, mais elle attire visiteurs et curieux. A cet égard, le personnage qui précède le couple, à droite de l’édifice, et qui tend le bras en direction de cette « chinoiserie de pierre » fait office de guide.</p>
<p>Défalcation faite de la technique élaborée du peintre, cet ensemble d’éléments (la précision du rendu de l’architecture, les personnages réduits à l’état de figurines, le paysage dans son ensemble ramené à quelque idéal microcosme) ferait de cette huile une œuvre à mi-chemin entre l’art populaire d’antan et ces œuvres qui, après Le Douanier Rousseau, seront signées par Beauchamp, René Rimbert, Jules Lefranc, etc. Quelque chose d’autre, encore, se dégage de ce curieux tableau où règne à la fois le gigantisme et la minutie (a-t-on remarqué la petite sphère de cuivre à la pointe du toit ?). Presqu’au centre d’une composition où la lumière et l’ombre marquent chacun leur territoire, la pagode de Chanteloup, avec son air d’objet incongru, se découpe dans la chaude atmosphère d’un après-midi tourangeau. La prairie, au premier plan, et la pièce d’eau entourée de bois constituent une sorte d’écrin, faisant de cette tour un monument, non seulement isolé, mais comme épargné. Issue de l’art des jardins exotiques anglais, la pagode nous parle, en plein règne du roi Louis-Philippe, de cette extravagance d’Ancien Régime dont la sinité tempérée a trouvé grâce aux yeux des Révolutionnaires.</p>
<p>A Paris, le musée Carnavalet regorge de ce type de tableaux où le médium annonce le rôle que s’apprête à jouer la photographie, puis la carte postale. L’huile de Bouret a rempli une fonction comparable. Elle est au premier chef une image documentaire. Si le métier de l’artiste s’y fait évidemment sentir, il convient d’admettre que le peintre prend ici sa place dans la lignée des imagiers encyclopédistes qui, tout au long du XIX°siècle, vont faire l’inventaire méthodique des curiosités, naturelles ou artificielles, qui se peuvent voir sous le soleil. Cette toile, quoique de dimensions modestes, n’est pas sans lien, par ailleurs, avec l’esthétique des dioramas.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Pierre Fresnault-Deruelle</p>
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		<title>La lune décrochée</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2015 08:00:14 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le spectateur, s’il ne sait rien des conditions de production de cette image, a naturellement tendance à penser qu’il est en présence d’un bricolage photographique]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Le spectateur, s’il ne sait rien des conditions de production de cette image, a naturellement tendance à penser qu’il est en présence d’un bricolage photographique obtenu grâce a un logiciel de traitement informatique. Or, il n’en est rien. Pour mener à bien leur projet les artistes se sont servis de la seule photographie. L’installation résulte d’une véritable mise scène : fabrication et positionnement de cette lune lumineuse, etc.</p>
<p>Cette installation photographiée nous propose deux lectures fort différentes l’une de l’autre. La première est celle-ci : c’est la nuit. Un homme, assis sur la terrasse d’un toit regarde une ville (Moscou) briller de mille feux. A côté du personnage, un objet lumineux, en forme de lune, y va de toute sa phosphorescence. Cette lune serait-elle, par exemple, l’emblème d’une marque publicitaire ou d’un grand magasin perché sur quelque <em>building</em> ?</p>
<p>La seconde lecture est la suivante : cette photographie (que nous suspections a tort d’être retraitée) présente une scène quasi magique : Un <em>deus ex machina</em> (les artistes) s’est agité dans l’ombre pour que, <em>mine de rien</em>, cette scène se concrétise sous nos yeux. Un homme se trouve en compagnie de l’astre nocturne qui, obligeamment, est venu se poser près de lui.</p>
<p>Ces deux lectures s’excluent mutuellement comme s’excluent le vraisemblable et le merveilleux. Chacun des deux <em>scénarii</em> peut être, sinon justifié, du moins étayé ou prolongé. Reprenons-les.</p>
<p>Premier scénario. Pour étrange qu’elle soit, la cohabitation de l’homme et de la lune-enseigne renvoie à toute une imagerie reçue : celle des toits de la ville. Nombreux sont les peintres (XIX° et XX°) et les cinéastes chez qui ce motif poétique a permis d’inventer bien des situations romanesques. Quoi qu’il en soit, la terrasse où l’homme a trouvé refuge est une sorte de bout du monde (comme peuvent l’être, ailleurs, les bords de mer), un lieu de retraite propice à la rêverie. Les toits ont attiré Manet (voyez son affiche <em>Les chats</em>), Caillebotte, Hopper, Wiene, René Clair, Hitchcock, etc. Pour la raison, sans doute, qu’ils sont &#8211; à l’instar des caves &#8211; des sortes de coulisses depuis lesquelles le monde se fait théâtre et l’activité fourmillante des hommes agitation vaine ou énigmatique. On se plaît, encore, à croire que cette lune est un logotype (on l’a dit), partant qu’elle indique ici la présence d’un hôtel confortable, placé sous la protection de Séléné, où il fait bon dormir, un hôtel sur la terrasse duquel &#8211; s’il s’en trouvait malgré tout &#8211; des clients insomniaques peuvent toujours venir prendre l’air.</p>
<p>Second scénario. Notre homme est un poète ayant apprivoisé la lune (sans doute un ami de Jules Laforgue). Le colloque silencieux auquel nous assistons induit l’idée selon la quelle les étoiles, aussi, se sont rapprochées des humains. Se faisant passer pour les lumières de la ville, elles sont descendues des cieux pour se distribuer, à perte de vue, au pied de ce roi du Monde. <em>Private Moon</em>, en outre, est un heureux titre qui laisse entendre que, si « le Soleil brille pour tout le monde », la Lune, plus imprévisible (faut-il dire lunatique ?), n’hésite pas à visiter ses sectateurs. En somme, quand on veut, on peut décrocher la lune !</p>
<p>A l’instar des tableaux de maîtres qui représentèrent tant de prodiges, l’art photographique &#8211; pour une part émancipée de lui même &#8211; se donne, <em>in fine</em>, comme de la peinture continuée sous d’autres espèces. Forts de cette remarque, ne sommes-nous pas fondés à voir dans cette installation photographiée (dont les effets ont été minutieusement élaborés) une allégorie post moderne ? Quelque chose, en effet, comme le retour en grâce de la féerie nocturne après un siècle de desséchante science-fiction.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Pierre Fresnault-Deruelle</p>
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		<title>Ligéria ou le lit du fleuve</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2015 07:46:11 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Max Ernst, qui a repéré chez le complaisant Cabanel une Vénus maniérée à souhait, a détouré puis transporté cette dernière dans sa toile intitulée <em>Le Jardin de la France</em>.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Max Ernst, qui a repéré chez le complaisant Cabanel une Vénus maniérée à souhait, a détouré puis transporté cette dernière dans sa toile intitulée <em>Le Jardin de la France</em>. A l’instar de Man Ray qui, avec <em>Le violon d’Ingres</em>, moque l’art bourgeois autant qu’il célèbre Kiki de Montparnasse, Max Ernst déconstruit un tableau autrefois révéré pour mieux élaborer le sien : l’exigeant surréaliste qu’il est devenu n’a pas renié le facétieux dadaïste qu’il fut.</p>
<p>Ajoutant à l’érotisme du corps de Vénus qu’il a partiellement masqué, l’artiste a voulu qu’apparaisse, enroulé au dessus du genou droit de la belle, l’anneau d’un serpent. Lové contre le corps de la déesse, le reptile nous signifie que la déesse-fleuve est heureuse d’avoir succombé à la chair ! Vénus est donc Eve, mais, elle est encore Ligeria en bordure de laquelle le peintre s’est installé ( à Huismes, près de Chinon) en compagnie de Dorothea Tanning, la femme qu’il aime.</p>
<p>Se confondant presque avec la forme et les couleurs d’une bande de terre séparant la Loire de son affluent, l’Indre, cette jeune géante se présente comme l’allégorie la mieux trouvée qui soit. Ligeria, réactive en effet le fantasme qui, toujours, voulut que les artistes fissent du corps féminin une géographie amoureuse. Voyez la rime plastique créée par le peintre entre la courbe supérieure du fleuve et la hanche de la déesse-fleuve. Le titre du tableau : Le jardin de la France, ajoute évidemment à la mythification de l’œuvre dans la mesure où ce <em>hortus conclusus</em> réinvente, pour qui veut la rêver, cette Touraine indolente et rabelaisienne, que coururent les rois et chantèrent les écrivains.</p>
<p>Cette « carte du tendre » est un collage si l’on admet &#8211; comme l’artiste nous y invite &#8211; que le collage est une affaire non pas de colle mais de réarrangement ; ou, si l’on veut, de déplacement au sens symboliste du terme. En l’occurrence, Cabanel a prêté son anadyomène à Max Ernst pour qu’il l’intègre dans un nouvel environnement (une carte) en regard duquel l’incongruité se lit également comme le plus heureux des lapsus. Le mot « lapsus » désigne ce qui tombe. Or tout se passe comme si Vénus, tombée d’un tableau (celui de Cabanel), s’était retrouvée dans un autre (celui d’ Ernst), n’ayant rien à voir avec ce que le peintre pompier avait pu imaginer. Ce Jardin de la France, autant qu’un trait d’esprit est une sorte de précipité visuel où l’humour (le sens de l’à propos) se marie le mieux du monde à l’éloge de la volupté.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Pierre Fresnault-Deruelle</p>
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		<title>L&#8217;abîme métaphysique</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 17:45:48 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Cette œuvre relate vraisemblablement un épisode de la vie du peintre, qui prend pour cadre l’île de Rügen, au nord est de l’Allemagne.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong>Cette œuvre relate vraisemblablement un épisode de la vie du peintre, qui prend pour cadre l’île de Rügen, au nord est de l’Allemagne. À hauteur des falaises, le peintre paraît s’être représenté, adossé à un tronc d’arbre mort, les bras croisés, dans une mâle assurance. Il contemple un point éloigné, sans doute le voilier blanc au loin, ou cette roche effilée qui se dresse en contrebas. Sa jeune épouse, Caroline Bommer, qui occupe l’angle opposé, se penche légèrement en désignant l’espace inférieur ; elle se retient à la racine d’un arbuste. Les jeunes époux sont délicatement reliés par les branchages des deux arbres qui composent une tonnelle majestueuse. Le frère du peintre, Christian, qui se tient à ses côtés, fouille les herbes. Herborise-t-il tel un Rousseau allemand ? Ou, plus prosaïquement, recherche-t-il ses besicles égarées ? A moins qu’il ne se prosterne, tête nue, devant cette nature que les romantiques célébraient parfois à l’égal d’une divinité ? Ces deux hommes représentent peut-être deux âges de la vie, ou plus sûrement, suggère Werner Hofmann, un double portait de l’artiste attentif à l’immensité comme aux <span class="masterTooltip" title="Werner Hofmann, Caspar David Friedrich, trad. Marianne Dautrey, Paris, Hazan, 2000, p. 127-128">détails infimes du monde</span>. Friedrich réunit au sein d’un même espace, comme il le fait souvent, le lointain et le proche (la mer, les brins d’herbe), ainsi que la clarté presque aveuglante des falaises crayeuses (<em>Kreidefelsen auf Rügen</em> dit le titre original), et la bande sombre de terre du premier plan. De là vient sans doute le sentiment quasi hypnotique que procure la peinture de Friedrich, tout à la fois idéaliste et réaliste.</p>
<p>Une inquiétude parcourt toutefois cette scène faussement anecdotique. Car cette œuvre qui nous promet l’horizon ne nous livre qu’une mer plate et sans profondeur, une surface liquide qui remplit les falaises à la manière d’un entonnoir. Emportés dans notre élan panoramique, nous butons sur cette surface d’aplomb. Les deux voiliers blancs, presque juxtaposés, dessinent une ligne verticale reliée plus bas à une faille, derrière laquelle on devine la présence du vide. Car c’est dans ce que nous ne voyons pas que tout a vraiment lieu, et l’œuvre est la mise en scène d’un espace caché. Le tableau est attiré vers ce point aveugle, que la jeune femme désigne du reste les yeux fermés. Voici donc un<em>paysage vertical</em>, organisé à partir d’un à pic vertigineux proprement sublime. Edmund Burke, le théoricien anglais du sublime, estime que<span class="masterTooltip" title="Edmund Burke, Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, trad. Baldine Saint Girons, Paris, Vrin, 1990, p. 116.">« nous sommes davantage frappés lorsque nous abaissons les yeux vers un précipice que lorsque nous les élevons vers un objet d’égale hauteur».</span>. L’abîme est seulement suggéré par Friedrich, puisque c’est en nous que réside l’intériorité insondable, celle qui fait écho au gouffre physique. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le peintre a pris soin d’ouvrir comme une <em>plaie</em> au rebord de la toile, de sorte que l’abîme métaphysique touche quasiment le cadre objectif du tableau.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Olivier Schefer</p>
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		<title>Le lecteur mené en bateau</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 16:49:27 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le Séducteur est à la fois une image simple et une oeuvre poétique forte. A priori malicieuse, et pourtant profonde, une de ces "énigmes échappant aux investigations scientifiques"]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Le Séducteur est à la fois une image simple et une oeuvre poétique forte. A priori malicieuse, et pourtant profonde, une de ces <span class="masterTooltip" title="Toutes les citations renvoient à Magritte : Ecrits Complets, Flammarion, 2001, p 326, 344, 181.">&laquo;&nbsp;énigmes échappant aux investigations scientifiques&nbsp;&raquo;</span>. Méthode magrittienne : « Un sujet quelconque pris comme question, il s’agissait de trouver comme réponse un autre objet attaché secrètement au premier (&#8230;) »,le tableau &laquo;&nbsp;résulte de la solution apportée au problème de l’eau&nbsp;&raquo;&#8230; &laquo;&nbsp;Dans Le Séducteur, nous voyons l’eau pour la première fois dans notre vie.&nbsp;&raquo; Pour nous, lecteurs, le sujet du tableau est bien toutefois l’apparition de ce vaisseau mystérieux &#8230;</p>
<p>Le Séducteur est d’abord une réflexion du peintre sur les modes de représentation. Le sujet, peint à l’arrière plan (une goélette ?) se distingue et ne se distingue pas du premier plan (la mer), qui en vient à déborder sur le sujet, comme on dit. C’est de ce trop plein qu’il est question. Magritte précisera dans une lettre à Colinet (1955) que sa démarche a consisté <span class="masterTooltip" title="Paul Colinet est ce poète ami de la famille rencontré dès 1933 qui participera à la découverte (dénomination) d’une quinzaine de titres de tableaux. ">&laquo;&nbsp;à continuer la mer dans une silhouette de bateau&nbsp;&raquo;</span>. Comme Matisse, Magritte abolit la traditionnelle hiérarchie entre le sujet et le fond, entre le pictural et le décoratif. La forme, poreuse à souhait, laisse passer, en effet, le fond sans, pour autant, que le navire s’abolisse.</p>
<p>Réflexion rhétorique : avec ce collage « peint à la main » ( Max Ernst), l’auteur de La Trahison des images capte un peu de « l’étoffe des rêves » . Son bateau d’eau n’est-il pas une antinomie flagrante et, pourtant, visuellement viable ?</p>
<p>Réflexion iconographique : Magritte reprend, à sa manière, la question des vues de mer. Cette toile relève de fait du genre académique des marines. Mais, c’est aussi une méditation sur ce qu’est la représentation même. « L’homme de la rue, dit-il, n’est sensible qu’à une représentation picturale (des objets, dite objective)&#8230;Il admire au point de croire par exemple que l’on ne peut représenter la mer qu’avec de la &laquo;&nbsp;couleur de l’eau&nbsp;&raquo; et montre un sentiment accentué de doute lorsqu’on lui dit le contraire ; il croit que seules des dupes peuvent penser que l’on peut faire une marine parfaite avec de la couleur à l’huile ».</p>
<p>Cette apparition qu’on croirait sortie d’une période bleue ( mais chez Magritte on ne reconnaît qu’une époque solaire et une période dite vache !) ne suscite d’emblée nul trouble. Mais très vite, pourtant, avec ce caméléon des mers, pointe le sentiment « d’inquiétante étrangeté ».</p>
<p>Fût-ce à son corps défendant, René Magritte s’inscrit dans une lignée d’artistes qui va de Heinrich Heine à Richard Wagner ; il reprend le motif du &laquo;&nbsp;vaisseau fantôme&nbsp;&raquo;, réactualise le mythe du &laquo;&nbsp;Hollandais Volant&nbsp;&raquo; <span class="masterTooltip" title="Der fliegende Holländer, le vaisseau fantôme, premier essai d’opéra de Wagner par l’apparition du leitmotiv date de 1841. The Phantom Ship, roman anglais de 1839.">(The Flying Dutchman)</span>. Ce grand voilier vide, qui erre pour l’éternité sur les mers du globe, et qui apparaît aux marins épouvantés qui croisent sa route, est une viusion poétique stimulante qui ne peut qu’entrer en résonance avec notre imaginaire. Il reste que le génie de Magritte se révèle d’abord en ceci qu’il d’abord est un peintre rhétoricien.</p>
<p>Humour, magie et poésie coexistent dans cette apparition où la surface ondoyante se confond avec un brouillard de mer ; à quoi s’ajoute cet autre humour plus corrosif celui-là et qui veut que ce voilier, lourd de vagues océanes, pourrait à tout moment disparaître corps et bien. Ce vaisseau fantôme qui tente de se maintenir à flots, ne fait-il qu’un avec la mer d’où il procède ? Image surréaliste où, passé un certain stade, les antinomies cessent d’être perçues comme contradictoires (Breton).</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Serge Boué</p>
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		<title>Eruption du Vésuve</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 16:32:34 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Au XVIII°s., pendant lequel de nombreuses éruptions se produisent, la représentation de ce phénomène devient un sujet très apprécié, peint par des peintres de toutes nationalités]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Au XVIII°s., pendant lequel de nombreuses éruptions se produisent, la représentation de ce phénomène devient un sujet très apprécié, peint par des peintres de toutes nationalités, marqués par la théorie du sublime de l’anglais Edmund Burke pour qui le fondement du sentiment du sublime est la terreur éprouvée devant un spectacle qui dépasse l’imagination. Pierre Henri de Valenciennes (1750-1819), théoricien du paysage historique, peint à son tour une éruption, mais, conformément au genre qu’il défend, les manifestations effrayantes de la nature n’y sont que le cadre d’un événement historique, la mort de Pline.</p>
<p>Le sujet est emprunté à Pline le Jeune qui dans deux lettres célèbres adressées à Tacite en 104 raconte l’éruption du Vésuve ensevelissant, en 79, Herculanum, Pompéi et Stabies. Témoin du cataclysme à l’âge de 18 ans, Pline, dans sa première lettre, narre la mort de son oncle Pline l’Ancien, amiral de l’escadre de Méditerranée, qui, soucieux d’observer l’événement de près, avait appareillé de Misène, au sud de Naples, pour Stabies où il fut asphyxié par des gaz toxiques, victime, précise Pline le Jeune de « son zèle pour la science ».</p>
<p>L’œuvre de Valenciennes respecte scrupuleusement les indications du récit de Pline le Jeune. On voit la baie de Stabies que l’écrivain qualifie de « petit golfe formé par la courbure insensible du paysage », les navires de guerre avec lesquels Pline l’Ancien était venu, « les maisons chancelant à la suite de fréquents et importants tremblements de terre » &#8211; et certaines déjà à bas- « les pierres ponces/dont on craignait la chute ». Ne manquent que « les oreillers » que, rapporte l’épistolier, Pline et ses compagnons s’étaient attachés avec des linges « sur leur tête » pour leur servir de protection contre ce qui tombait ». C’est que, sans doute un tel accoutrement eût nui à la dignité du grand homme.</p>
<p>Cependant, dans cette représentation archéologique de la mort de Pline le paysage n’est pas simplement le décor du drame figuré.Le volcan en devient l’un des protagonistes, et le plus important.C’est lui qui cause la mort de Pline. Valenciennes soigne son apparence, ou plutôt son apparition, entre nuées blanchâtres (dont l’une joint la montagne à sa victime, donnant ainsi force d’évidence à la raison de la mort de Pline) et nuages noirs aux découpes monstrueuses. L’embrasement de la montagne remplit le ciel d’un intense rougeoiement, colore chaudement tous les éléments : le feu qui jaillit, l’air qui noircit, la terre qui frémit, l’eau qui s’agite. L’incommensurabilité de la violence de la nature et de la faiblesse de l’homme est frappante.</p>
<p>Ce tableau peut encore être considéré, conformément à une longue tradition, comme une leçon de vanité. Mais pour une telle leçon, convenue, il n’était nul besoin de traiter si horriblement et splendidement le ciel, ni d’organiser cet affrontement fantastique de nuages aux mufles de bestiaux au-dessus du volcan qui semble, lui aussi, une bête dressant la tête et crachant le feu de sa gueule de biais. La magnificence du traitement des volutes ténébreuses des nuages et du jaillissement ardent du feu suscite un sentiment d’admiration devant la terrible beauté de la nature, qui l’emporte sur le sentiment d’humilité devant la faiblesse de l’homme. La jouissance esthétique fait oublier la leçon morale&#8230; C’est que le spectacle de la terre, qui se déchire et du feu issu d’abymes inconnaissables et projeté en plein ciel, de la pierre changée en lave liquide et du feu qui dévalent les pentes comme de l’eau, ressortit au sublime terrifiant qui émeut la sensibilité et exalte l’imagination.</p>
<p>Du coup, le sens de l’aventure mortelle de Pline en est changé. Celui-ci apparaît moins comme un héros de science que comme un quêteur d’émotions hors du commun. Amateur de connaissances, Pline n’a pu que mourir frustré devant le comportement incompréhensible pour lui de la nature. Mais, amateur de spectacles, il n’a pu qu’être comblé par la démesure du bouleversement des éléments. Il faut désormais imaginer Pline mourant heureux.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Jean Arrouye</p>
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		<title>Un pont qui mène ailleurs</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 14:36:04 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Deux personnages, l'un au seuil d'une porte entrouverte, le second accoudé à une fenêtre, semblent adresser au spectateur que nous sommes un signe furtif pour nous conduire]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Deux personnages, l&rsquo;un au seuil d&rsquo;une porte entrouverte, le second accoudé à une fenêtre, semblent adresser au spectateur que nous sommes un signe furtif pour nous conduire, comme par rebondissement, jusqu&rsquo;au centre du tableau : le premier, à la porte, s&rsquo;oriente vers la scène centrale, sorte de &laquo;&nbsp;carré magique&nbsp;&raquo;, le second désigne cette direction de la tête. Un jeu de cadrage subtil nous y mène également, par une succession de plans, d&rsquo;ouvertures et de passages (entre autres, le trottoir, le porche, le pont). La surface peinte, déjà très délimitée, comme <span class="masterTooltip" title="Bernd Krimmel, " Icônes de la mémoire. Nous ne sommes pas les derniers ", article paru dans le catalogue de l'exposition Zoran Music aux Galeries nationales du Grand Palais (1995). Editions RMN.">&laquo;&nbsp;prélevée sur le monde&nbsp;&raquo;</span>, se resserre davantage. Et pénétrant plus avant, nous découvrons alors un tableau dans le tableau, une œuvre en abyme, disposant d&rsquo;un cadre (figuré par les piliers, la poutre et le sol) et d&rsquo;un format (carré et non à l&rsquo;italienne comme celui de la toile) qui lui sont propres.</p>
<p>La façade,<span class="masterTooltip" title="Définition du Petit Larousse illustré."> &laquo;&nbsp;le côté d&rsquo;un bâtiment exposé à la vue&nbsp;&raquo;</span>, s&rsquo;ouvre largement sur cette deuxième scène pour mieux nous y faire &laquo;&nbsp;passer&nbsp;&raquo;. Le thème du passant, de l&rsquo;émigrant ou encore de l&rsquo;apatride, <span class="masterTooltip" title="Zoran Music a peint, quelques années après son retour du camp de Dachau, une série de toiles représentant des bacs, ces bateaux à fond plat utilisés pour passer un cours d'eau.">revient régulièrement dans l&rsquo;œuvre</span> de Zoran Music, né en 1909 dans un Empire austro-hongrois dont les frontières ont disparu de nos jours et où l&rsquo;on parlait indifféremment l&rsquo;italien, l&rsquo;autrichien et, dans les milieux cultivés, le français. Ce thème du passage et de l&rsquo;errance convient particulièrement bien à Venise, ville de grands voyageurs (on pense à Marco Polo) et de badauds ravis (on imagine Paul Morand).</p>
<p>Revenons à la scène centrale. Là, quatre silhouettes sombres traversent l&rsquo;espace, quatre ombres qui, plus exactement, y glissent : le <span class="masterTooltip" title="Id. 1">&laquo;&nbsp;frémissement des formes&nbsp;&raquo;</span><br />
 et leur contour estompé évoquent en effet davantage le mouvement qu&rsquo;ils ne le représentent. Ces figures solitaires s&rsquo;opposent aux deux personnages du premier plan, et ce à de multiples reprises. Nous pouvons au moins noter quatre types d&rsquo;oppositions différentes : à l&rsquo;extérieur/à l&rsquo;intérieur ; mobile/figé ; acteur/spectateur ; éléments d&rsquo;une histoire/en connivence avec le spectateur que nous sommes.</p>
<p>A l&rsquo;inverse, ces quatre silhouettes partagent avec les deux personnages leur solitude et leur anonymat, leur silence et leur réserve. Elles semblent évoluer, de la même manière, dans un temps indéfini, comme suspendu. Cette impression d&rsquo;intemporalité est renforcée par la palette et la technique de l&rsquo;artiste : l&rsquo;ocre de la façade rappelle tout aussi bien les ors d&rsquo;une icône de la basilique Saint-Marc que la gamme des jaunes employée par les peintres de la Sérénissime, tels Tiepolo et Guardi. A ce titre, Zoran Music est dans la plus pure tradition de la peinture vénitienne. Pour qui connaît Venise, l&rsquo;effet d&rsquo;estompe employé par l&rsquo;artiste s&rsquo;accorde également parfaitement avec la lumière évanescente de la ville, avec ses brumes et ses vapeurs. Tout comme les tons utilisés, l&rsquo;estompe ajoute à ce sentiment d&rsquo;être hors du temps. En regardant<em>Façade à Venis</em>e, nous sommes comme confrontés à une réminiscence, à quelque chose de flou que l&rsquo;on aurait au plus profond de notre mémoire.</p>
<p>Intemporelles, les quatre figures centrales pourraient être tous les hommes à la fois (et donc nous-mêmes), parvenus là où convergent leurs errances pour accéder à un ailleurs. En témoigne le pont, symbole de Venise, ultime passage avant le dernier plan du tableau. Nous ne savons pas où mène ce pont, ce qui se cache derrière. Une façade blanche émerge, sorte d&rsquo;émanation des canaux, qui nous laisse imaginer un monde fantomatique.</p>
<p>Nous étions dans l&rsquo;apparence, dans le faux-semblant : la façade, c&rsquo;est bien ce qui se laisse voir et uniquement ce qui se laisse voir. Cette façade, de surcroît, est celle d&rsquo;une bâtisse de Venise, ville du masque et de l&rsquo;intrigue. Nous voici à présent &laquo;&nbsp;ailleurs&nbsp;&raquo;, à la lisière, entre rêve et réalité, entre vie et mort, dans un monde à l&rsquo;image de Venise, cité du pouvoir et du faste mais aussi de la pourriture et de la peste, celle qui emporta Giorgione.Le malheur n&rsquo;est pas loin, en particulier cette autre peste, la &laquo;&nbsp;brune, celle-là, qui conduira Zoran Music au camp de Dachau en 1944. A Dachau, Zoran Music s&rsquo;interrogea souvent sur le sens à donner à ce qu&rsquo;il vivait, sur l&rsquo;issue d&rsquo;une telle expérience. En intitulant son œuvre <em>Façade à Venise</em>, l&rsquo;artiste affirme ce qui est exposé à la vue, comme peut l&rsquo;être un visage. Et si cette façade représente l&rsquo;un des visages de Venise, elle pourrait être aussi celui de l&rsquo;artiste, qui constate qu&rsquo;il ne peut répondre à ces deux questions : &laquo;&nbsp;pourquoi sommes-nous ici?&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;vers où allons-nous ?&nbsp;&raquo;.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Véronique Branchut</p>
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		<title>La main du peintre</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 14:33:14 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« Signes
non de toit, de tunique ou de palais
non d’archives et de dictionnaire du savoir
mais de torsion, de violence, de bousculement
mais d’envie cinétique »
Henri Michaux, <em>Mouvements</em>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;">« Signes<br />
non de toit, de tunique ou de palais<br />
non d’archives et de dictionnaire du savoir<br />
mais de torsion, de violence, de bousculement<br />
mais d’envie cinétique »<br />
Henri Michaux, <em>Mouvements</em></p>
<p>Lieu de conversion, point de rencontre où se trouvent les contraires déterminant à leur tour le centre de chaque composition, ce triptyque du peintre franco-chinois Zao Wou-Ki fait l’objet d’une approche précautionneuse du paysage, qui rend visible tout ce qui à la périphérie de la <em>représentation pure et simple</em>, fait écran et marque ainsi une rupture dans l’expérience de la remémoration, de la vision, mettant d’emblée en relation le désordre des « bariolages » de la nature avec l’abstraction de la peinture moderne où le réalisme, éclaté, brisé, et le choix conscient de cet éclatement, restent profondément lié à la question du sens, de la <em>déstabilisation du sens</em> et de la représentation.</p>
<p>On commence par distinguer un motif végétal baigné dans une lumière crépusculaire, pour finalement glisser sur une <em>impression de soleil levant</em> dans la dernière partie du triptyque. Tout se passe dans cette composition, comme si le désir du sens prenait corps en se donnant à lire une seconde fois, la <em>métaphore </em>de la texture restant susceptible de figurer, de gauche à droite, la naissance du tableau &#8211; un point d’extrême densité où les contraires s’entrecroisent selon des modes divers d’échanges et de renversements, organisant les distances du texte et laissant deviner, par là, ce qui l’excède.</p>
<p>Le traitement du paysage y traduit de manière explicite cet empiétement réciproque du visible et de l’invisible, prégnants l’un et l’autre, qui en faisant lever des figures de l’infigurable, confronte également le lecteur au langage et à son explosion.</p>
<p>Là où la description ne faisait qu’altérer le chant du réel, parce qu’elle n’intéresse que ses qualités, là aussi, où il faudrait faire sentir un espace qui nous est devenu presque inconnu, ou bien une voix, inaudible, la terre n’apparaît plus comme un tableau seulement, fait de surfaces, de masses, de couleurs, ni comme un théâtre où les choses auraient été engagées pour figurer un paysage simplement, une marine à droite de la composition.</p>
<p>Le paysage, ici, appartient aux motifs récurrents d’une œuvre où le langage se conforme non seulement à l’élémentaire, dans le jeu passionné de l’ombre et de la lumière, des formes avec l’informe, mais également sollicite l’univers cinétique du mouvement, de la main, du geste. Il semble par ailleurs que celui-ci ne puisse mieux se dire que dans la synecdoque de la <span class="masterTooltip" title="Cf. Rudy Steinmetz, « Rhétorique de la philosophie, in <em>Passions de la littérature. Avec Jacques Derrida</em>, in Michel Lisse dir., Paris, Galilée, coll. « La philosophie effet », 1996, p.185.&nbsp;&raquo;>« main peignante »</span>, par tâtonnement, tout à la fois « touchante » et « touchée » :</p>
<p style="text-align: center;">« [celle qui] explore le dehors, le palpe et en reçoit les messages les plus directs. Organe du toucher dans ce qu’il peut avoir de passif et d’actif, “elle préside, comme le souligne Jean Brun, aux opérations par lesquelles l’homme saisit, donne, reçoit ou échange”. Touchante et touchée, prenante et prise, bref insaisissable en son lieu propre, <span class="masterTooltip" title="Rudy Steinmetz, citant <em>La Main et l’esprit </em>de Jean Brun (Paris, PUF, 1963, p. 97), <em>ibid.</em>., p.185-186.&nbsp;&raquo;>“elle apparaît ainsi comme le véritable organe de l’existence faisant la dramatique expérience de l’entre-deux”</span>.»
</p>
<p>C’est en cela précisément, que la main du peintre n’est plus seulement l’instrument anatomique, voué chez Zao Wou-Ki à la captation du réel, mais bien cette zone où se joue l’inscription même du <em>lyrique</em> ; une zone d’insertion du « dedans » dans le « dehors » tout entière localisée, condensée en un point du corps dont la particularité est d’être par excellence le point de <span class="masterTooltip" title="Nous empruntons l’expression à Maurice Merleau-Ponty dans <em>Le Visible et l’invisible</em>, Paris, Gallimard [in rééd. 1990], p. 273.&nbsp;&raquo;>« contact-distant »</span><br />
 entre ce que Hegel nomme <em>l’en-soi </em>et le <em>pour-soi</em>, où le paysage décrit pourrait ne pas être l’anéantissement du paysage immédiat, où le langage serait bien, lui, dans le vrai. Il faut admettre, avec Hegel encore, que le monde perçu n’est pas un monde clair.</p>
<p>« Torsion », « violence », « bousculement » comme a pu également l’écrire Henri Michaux, c’est elle, la main, qui est à l’origine, ici, chez Zao Wou-Ki, du geste non seulement descriptif mais également <em>signifiant</em> par lequel se découvre une réflexion posant et reposant la question du langage, la mise en question du langage ainsi que la possibilité même du lyrisme et de « l’abstraction lyrique » en peinture.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Déborah Heissler</p>
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		<title>Un volcan de rêve</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 14:27:59 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Les sujets de tableaux du peintre anglais Yodli Zumloh sont des situations imaginées à partir d’expériences vécues. ]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Les sujets de tableaux du peintre anglais Yodli Zumloh sont des situations imaginées à partir d’expériences vécues. Ainsi ayant vu à Paris, à la Fondation Bismarck, une exposition sur <em>L’art de la plume en Amazonie</em> et ayant admiré particulièrement des coiffes cérémonielles en plumes multicolores des Indiens Mekranoti, Yodli Zumloh imagina que les membres de cette tribu s’étaient ralliés au mode de vie occidentale et avaient construit une ville moderne au pied d’un volcan, couvrant les principaux bâtiments de toits de tuiles de couleur rappelant ces coiffes. Dans le tableau le volcan est en éruption sans que cela semble inquiéter les habitants de la ville, à en juger par les deux que l’on voit, l’un péchant du seuil de sa maison située au bord de la rivière qui enserre la ville, l’autre tirant par sa laisse un chien qui renâcle à avancer.</p>
<p>Le poisson et le chien, tous deux rouges, sont disproportionnés par rapport à leur environnement. Ces deux traits caractérisent la fantaisie qui préside à la représentation du monde de Yodli Zumloh  Les différents constituants du paysage qu’il peint sont d’échelles très diverses. Un groupe de bâtiments est près de trois fois plus grand qu’un édifice proche, une table dressée en plein air, sur laquelle un verre, une bouteille vide, des fruits semblent être les restes d’un repas, est bien plus grande que ceux-ci, une amanite phalloïde (champignon fréquent dans les tableaux du peintre dont ils sont comme une signature) est aussi haute qu’eux et beaucoup plus qu’un sapin voisin. La liberté d’emploi des couleurs n’est pas moindre. Sur la table est un chat rouge, comme les autres animaux ; la plupart des sapins présents dans le paysage sont également rouges ; la couleur des plus hauts édifices semble vouloir respecter le conseil d’Eugène Delacroix que « vert et violet » doivent être utilisés <span class="masterTooltip" title=" Cité in André Salmon, <em>Propos d’atelier</em>, Paris, Éditions Excelsior, 1938.&nbsp;&raquo;>« crûment, dans le clair, sans les mêler »</span>; l’espace entre la ville et le volcan n’est qu’un blanc.</p>
<p>Cette apparente désinvolture n’est en rien gênante car la peinture de Yodli Zumloh n’est pas réaliste ; on pourrait situer son traitement formel de l’apparence des choses à mi-chemin entre la ductilité significative des expressionnistes et la feinte maladresse enfantine des peintres du groupe Cobra. Ce qui importe dans cette image abréviative d’une ville, c’est la cohérence picturale de son rapport avec le volcan en éruption qui la domine. Or leurs rapports sont à la fois de contraste (complexité relative de l’articulation des divers bâtiments et de la table opposée à la forme simple du volcan tronqué par un vaste cratère circulaire d’où jaillit un faisceau vertical de traits de feu) et d’analogie (tous les rouges épars dans la ville, animaux, champignon, arbre, parties rouges du toit —les jaunes aussi — font écho aux couleurs du feu et de la lave que crache la montagne, et toutes les verticales des nombreuses tours de la ville ainsi que de la bouteille et du verre préparent au roide élan vers le ciel des matières ignées), c’est-à-dire d’harmonie, si l’on retient la définition de Georges Seurat : <span class="masterTooltip" title="Id.">« l’harmonie, c’est l’analogie des semblables, l’analogie des contraires »</span>, unifiés ici par la vigueur du trait qui cerne tous les objets.</p>
<p>Aucune retombée du feu qui s’élève et disparaît hors cadre n’étant perceptible et la lave contournant la ville en contrebas sans la menacer, ce paysage d’une ville paisible sous un volcan déchaîné acquiert une dimension onirique, qui fascine à proportion de son irréalisme. À moins qu’on ne voie dans la vigueur et l’abondance des productions du volcan un symbole de la vivacité de l’imagination et de l’alacrité de l’humour de son auteur.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Jean Arrouye</p>
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		<title>À la lumière d’Hiver</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 14:17:30 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Ne peut-on rêver d’une plus grande « transparence », dans laquelle les choses seraient simplement situées, mises en ordre avec les tensions que créent les distances]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Ne peut-on rêver d’une plus grande « transparence », dans laquelle les choses seraient simplement situées, mises en ordre avec les tensions que créent les distances, les accents particuliers que donne l’éclairage ? Pour Vincent Van Gogh travaillant sur <em>Le pont tournant à Nouvel-Amsterdam</em>, peindre exactement la lumière n’est plus le fait d’un mélange pigmentaire associant diverses couleurs ou bien une couleur et du blanc uniquement.</p>
<p>Les blancs qui, dans cette aquarelle, dessinent la perspective givrée où évolue le personnage isolé, loin de séparer les différents plans de la composition, permettent d’entrer dans une multitude de rapports, d’autant plus <em>ouverts</em> qu’ils sont simplement <em>suggérés</em>. Offrant aux yeux et aux pas un espace que la nature reconquière, c’est une ligne sans ornement et sans détours qui découpe l’espace au premier plan &#8211; d’emblée il semble impossible de broder sur le motif du personnage esseulé, réduit à sa plus simple expression. La singularité soulignée de cette occurrence humaine, dans le panorama hivernal, est l’indice d’une prétention, non à l’exhaustivité ou à la clôture, mais plutôt au détail qui, lui, reste relativement indéfini ou difficile à définir et à circonscrire. Il faudra alors regarder de plus près.</p>
<p>Un second caractère de cette « écriture » est de produire une élusion de substance. Si les choses essentielles d’une certaine façon se dérobent toujours au regard, cet essentiel dans la composition aura les signes de l’éphémère, du lointain, de l’évanescent. L’allègement des choses, leur simplification, va ainsi de pair avec une ébauche d’abstraction qui réside dans le désir de rendre l’impression fugitive que produit un motif exposé à la lumière d’hiver. L’équivoque ici est celui du léger qui se fige et se ramifie, du clair et du presque bleu qui équilibre la composition ; cette épure de blanc – discrètement mêlée aux masses bleutées et grises du ciel et du givre – qui soutient l’immatériel, l’essentiel et exhausse l’agrégat de la neige, du gel, ne dédaignant pas que le motif soit brouillé par les conditions d’éclairage.</p>
<p>C’est bien « l’image » du promeneur qui relaie au final « l’abstraction » grise du ciel qui se reflète sur le chemin pris dans les glaces du premier plan, laissant présager l’imminence d’une mutation dans la présence allégée et diffuse de la lumière, qui trace cette axe médian, finement ciselé posant à lui seul le décor des fermes, du pont et des arbres dans la composition.</p>
<p>Le fait qui, en l’occurrence, intéressera le lecteur est celui de la nature contentieuse de la représentation &#8211; où le sentiment d’une convergence ouverte de la perspective, l’emporte de loin sur toute impression de désagrégation toutefois, d’incohérence organique ou encore d’opacité figurative. S’élabore au sein de cette aquarelle, toute une problématique de la vue et de l’observation, contribuant à dissiper comme l’illusion la plus tenace du « paysage » simplement.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Déborah Heissler</p>
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