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	<title>Mucri &#187; Photographie couleur</title>
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	<description>Musée critique de la Sorbonne</description>
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		<title>La lune décrochée</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2015 08:00:14 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Le spectateur, s’il ne sait rien des conditions de production de cette image, a naturellement tendance à penser qu’il est en présence d’un bricolage photographique obtenu grâce a un logiciel de traitement informatique. Or, il n’en est rien. Pour mener à bien leur projet les artistes se sont servis de la seule photographie. L’installation résulte d’une véritable mise scène : fabrication et positionnement de cette lune lumineuse, etc.</p>
<p>Cette installation photographiée nous propose deux lectures fort différentes l’une de l’autre. La première est celle-ci : c’est la nuit. Un homme, assis sur la terrasse d’un toit regarde une ville (Moscou) briller de mille feux. A côté du personnage, un objet lumineux, en forme de lune, y va de toute sa phosphorescence. Cette lune serait-elle, par exemple, l’emblème d’une marque publicitaire ou d’un grand magasin perché sur quelque <em>building</em> ?</p>
<p>La seconde lecture est la suivante : cette photographie (que nous suspections a tort d’être retraitée) présente une scène quasi magique : Un <em>deus ex machina</em> (les artistes) s’est agité dans l’ombre pour que, <em>mine de rien</em>, cette scène se concrétise sous nos yeux. Un homme se trouve en compagnie de l’astre nocturne qui, obligeamment, est venu se poser près de lui.</p>
<p>Ces deux lectures s’excluent mutuellement comme s’excluent le vraisemblable et le merveilleux. Chacun des deux <em>scénarii</em> peut être, sinon justifié, du moins étayé ou prolongé. Reprenons-les.</p>
<p>Premier scénario. Pour étrange qu’elle soit, la cohabitation de l’homme et de la lune-enseigne renvoie à toute une imagerie reçue : celle des toits de la ville. Nombreux sont les peintres (XIX° et XX°) et les cinéastes chez qui ce motif poétique a permis d’inventer bien des situations romanesques. Quoi qu’il en soit, la terrasse où l’homme a trouvé refuge est une sorte de bout du monde (comme peuvent l’être, ailleurs, les bords de mer), un lieu de retraite propice à la rêverie. Les toits ont attiré Manet (voyez son affiche <em>Les chats</em>), Caillebotte, Hopper, Wiene, René Clair, Hitchcock, etc. Pour la raison, sans doute, qu’ils sont &#8211; à l’instar des caves &#8211; des sortes de coulisses depuis lesquelles le monde se fait théâtre et l’activité fourmillante des hommes agitation vaine ou énigmatique. On se plaît, encore, à croire que cette lune est un logotype (on l’a dit), partant qu’elle indique ici la présence d’un hôtel confortable, placé sous la protection de Séléné, où il fait bon dormir, un hôtel sur la terrasse duquel &#8211; s’il s’en trouvait malgré tout &#8211; des clients insomniaques peuvent toujours venir prendre l’air.</p>
<p>Second scénario. Notre homme est un poète ayant apprivoisé la lune (sans doute un ami de Jules Laforgue). Le colloque silencieux auquel nous assistons induit l’idée selon la quelle les étoiles, aussi, se sont rapprochées des humains. Se faisant passer pour les lumières de la ville, elles sont descendues des cieux pour se distribuer, à perte de vue, au pied de ce roi du Monde. <em>Private Moon</em>, en outre, est un heureux titre qui laisse entendre que, si « le Soleil brille pour tout le monde », la Lune, plus imprévisible (faut-il dire lunatique ?), n’hésite pas à visiter ses sectateurs. En somme, quand on veut, on peut décrocher la lune !</p>
<p>A l’instar des tableaux de maîtres qui représentèrent tant de prodiges, l’art photographique &#8211; pour une part émancipée de lui même &#8211; se donne, <em>in fine</em>, comme de la peinture continuée sous d’autres espèces. Forts de cette remarque, ne sommes-nous pas fondés à voir dans cette installation photographiée (dont les effets ont été minutieusement élaborés) une allégorie post moderne ? Quelque chose, en effet, comme le retour en grâce de la féerie nocturne après un siècle de desséchante science-fiction.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Pierre Fresnault-Deruelle</p>
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		<title>Le bout du monde</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 13:05:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[<em>Holmenkollen Bunker II</em> fait partie d’une série intitulée <em>Chambres d’huile</em>. Il s’agit d’un couloir sécurisé puisque, devant la porte du fond ]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Holmenkollen Bunker II</em> fait partie d’une série intitulée <em>Chambres d’huile</em>. Il s’agit d’un couloir sécurisé puisque, devant la porte du fond (que nous devinons être blindée), se trouve un feu rouge indiquant que la voie n’est pas libre. Doté d’un fort pouvoir réfléchissant, le mélange de sang de bœuf et d’eau répandu sur le sol fait de ce corridor un lieu des plus étranges . Ajoutant au malaise, l’impeccable revêtement qui court jusqu&rsquo;à la porte à quelque chose de scandaleusement onctueux.</p>
<p>À la différence des œuvres du <em>Land Art</em> dont les performances peuvent être admirées<em> in situ (</em>ne serait-ce qu<em>’</em>un certain temps), l’installation de l’artiste norvégien n’a été élaborée qu’à seule fin d’être reproduite. Comprenons encore que Per Barclay use de la photographie d’une façon très particulière, qu’on qualifiera de « plasticienne » pour la distinguer, non sans quelque arbitraire, de la photographie « d’art » ou « pure ». Au vrai, l’artiste ne traque pas dans le monde ce que (le filtre de) l’image peut en dévoiler, comme chez un Brassaï par exemple ; il considère son cliché comme l’étape finale, mais essentielle, d’un travail mûri au terme duquel le monde est soumis à un double traitement : un réagencement (provisoire) et la reproduction de ce réagencement.</p>
<p>Ayant repéré un lieu propice au cliché escompté &#8211; ici un sous-sol, ailleurs une crypte -, l’artiste a nappé le sol d’un liquide fortement réfléchissant  (huile, lait, vin, sang, c’est selon). D’une taille conséquente, ce cliché nous déstabilise. Avec cette mise en abyme du plafond dans le sol, Barclay brouille nos repères de sorte que, du jeu physique &#8211; optique -, nous passons à un plan supra sensible. En quel lieu mental nous trouvons-nous donc pour regarder ceci qui prolonge notre champ de vision? Divaguons: le monde que nous parcourons quotidiennement ne serait-il pas la version « positive », mais étriquée, d’un univers complexe que nous efforcerions de maintenir à ses trois dimensions praticables?</p>
<p>En l’état, ce couloir rappelle les géométries cristallines de la Renaissance. Qui plus est, tout se passe comme s’il s’était agi de mettre en concurrence le peu de réalité des choses qui nous entourent avec leurs doubles « excavés». L’artiste italien Pistolletto disait récemment d’une de ses œuvres: «le physique et le non physique se retrouvent à vivre ensemble dans une subtilité de différence infime ». Que ne parlait-il de Barclay !</p>
<p>L’installation photographiée de l’artiste norvégien prend sa place dans la grande tradition des œuvres face auxquelles nous nous éprouvons comme fragiles. Les «vanités», les anamorphoses, mais aussi les toiles de Friedrich, de Munch (<em>Cri</em>) de Magritte (<em>La Reproduction interdite</em>) font de nous des profanes, c’est-à-dire des observateurs à qui on aurait intimé l’ordre de ne pas dépasser le seuil du Temple. Impossible de pénétrer dans ce <em>no man’s land</em> où la moindre irrégularité équivaudrait à une souillure.</p>
<p>L’idée de cette dernière &#8211; un moment révoquée en raison de l’aspect immaculé du sol &#8211; se fait décidément insistante, confirmant dramatiquement le symbolisme de ce fascinant périmètre. En tout état de cause, Barclay a fait de ce corridor un « bout du monde » ; en l’occurrence un lieu d’avant la séparation du pur et de l’abject. Un lieu sacré.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Pierre Fresnault-Deruelle</p>
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		<title>Marie Madeleine et les techniques de l’émotion</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 10:46:14 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[L’iconographie sacrée de Marie Madeleine est aujourd’hui attentivement reconsidérée de façon très pointue dans une nature morte du photographe suisse Olivier Richon]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>L’iconographie sacrée de Marie Madeleine est aujourd’hui attentivement reconsidérée de façon très pointue dans une nature morte du photographe suisse Olivier Richon &#8211;<em>Madeleine pénitente</em> – qui fait partie de la série emblématique <em>Et in Arcadia Ego</em> de 1991.<br />
La relation entre la nourriture, la sensorialité et la dimension sacrée mise en scène dans la photographie de Richon reprend celle déjà manifeste d’abord dans des peintures de thème religieux, puis présente dans un second temps dans le genre de la nature morte. <em>Madeleine pénitente</em> met en scène la nourriture et donc l’expérience olfactive comme un moment de « passage » et de « contagion » entre l’isotopie sacrée et la thématisation de l’expérience perceptive de l’observateur, entre l’espace religieux et l’espace profane à l’enseigne d’une mise en présence de valeurs sensibles.<br />
Si d’une part la nature morte met en scène la « mondanité » de la nourriture, et par conséquent l’objet qui<em>se consomme</em> et <em>à consommer</em> en nette contraposition à la <em>récurrence cyclique</em> (et donc intemporelle) de l’advenir évangélique, de l’autre, cette même nourriture peut cependant fournir des exemples des rapports de traduction réciproque (la « trans-mondanité ») entre le Verbe et la Chair sous l’égide du sacré. La nourriture représentée s’offre à la consommation : la figure de l’oignon, en montrant sa composition « interne », se révèle-elle comme un objet non seulement à observer, mais à consommer. Ce n’est pas tant la peau de l’objet à consommer que l’on montre, mais son intériorité : plus qu’inviter à regarder ou à toucher, ceci invite à goûter.<br />
La nature morte a toujours réfléchi sur l’élaboration du discours visuel qui peut se construire non seulement à travers la syntaxe de la vision, mais à travers celle du goût, du toucher, de l’odorat, etc.<em>Madeleine pénitente</em> réussit à explorer une telle problématique de manière originale et intelligente. La Sainte Madeleine, figurante dans le titre, assume le rôle de référence de la tension entre le péché et la pénitence, mais n’apparaît pas. Pour l’isotopie du titre, et pour la tradition iconographique que celle-ci convoque, on peut supposer que le drap bleu sur la table puisse être attribué à Madeleine, imprégné du corps de la sainte, en s’offrant donc comme une <em>enveloppe synesthésique</em>. La mise en scène du drap, projection de l’enveloppe et du mouvement corporel, par le biais du jeu de reliefs et des volumes, montre comment la vision peut fonctionner selon le mode sensible de l’enveloppe tactile. Mais la polysensorialité est exprimée aussi par la présence de l’oignon, dont l’odeur envahit le corps en produisant une sensation de langueur, celle des larmes. La vanité de toutes les choses n’est pas uniquement représentée par l’image de la nourriture à consommer, et par la référence à là vanité de la vie apportée par la tradition de<em>Et in Arcadia Ego</em>, mais bien également par la passion mise en scène. Mais le repentir est une passion non authentique : il advient artificiellement à travers un « instrument de commotion », l’oignon. La passion est représentée de façon ostentatoire : elle est offerte comme la nourriture disposée sur une table, offerte pour être consommée, en un mot elle est « pré-confectionnée ». Les larmes sont procurées, « mises à disposition », prêtes à être utilisées pour notre plaisir. Le « vrai » péché de Marie Madeleine est ici « revisité » : Madeleine n’est plus coupable à cause de son « tempérament charnel » et du vice des sens, comme dans la tradition évangélique, mais pour quelque chose qui ne prévoit pas de salut : la simulation du repentir et donc de la sainteté.</p>
<p>Si nous revenons à présent au drap abandonné, on s’aperçoit que Madeleine n’a laissé de son corps que « l’enveloppe &#8211; peau », l’enveloppe de l’enveloppe : le manteau est investi de la sensation extéroceptive de la peau. Le drap remplace l’enveloppe et le mouvement du corps humain dont il conserve l’empreinte. La surface d’inscription de l’enveloppe-drap peut alors être définie comme la <em>mémoire</em> d’un corps, d’une enveloppe constituée de la totalité des « souvenirs » relatifs aux passions et aux sensations de Madeleine. Le mouvement de projection du corps de la sainte engendre une enveloppe qui conserve dans ses plis la mémoire de son origine corporelle, et ces mêmes plis anticipent un retour possible au corps : mais au corps de qui ? Le drap de Madeleine se rend disponible pour un autre corps : celui du spectateur. La sensation tactile liée à la peau est assumée par le spectateur qui prête sa sensibilité proprioceptive et intéroceptive. De plus, l’absence « en présence » de Madeleine à travers l’inscription placée en face du spectateur fait que le processus de consommation et de métabolisation est attribué à nous les observateurs. La représentation se renverse vers nous : l’observateur est « appelé » à prêter le corps absent du cadre. L’isotopie de la consommation, prise en charge par le spectateur dans toutes ses déclinaisons, est de surcroît confirmée par la prise de vue qui nous invite « à prendre place » au banquet de la gastronomie mystique. Ici le sacré a été consommé, et ce qui reste du personnage évangélique est sa connexion avec le sensible. Le titre <em>Madeleine pénitente</em>, est un déictique imparfait parce qu’il indique ce qui n’est plus, ce qui a été consommé : les mots du titre ne s’incarnent pas en Madeleine, mais ils vont à la recherche d’une autre chair, comme la nourriture « ouverte » cherche un lieu où aller exister comme sensation, où pouvoir être goûtée et consommée. La représentation nous convie à nous asseoir à table. De cette manière même le sacré, comme la nourriture, semble être destiné à être « utilisé », comme l’oignon, pour réussir « à sentir » quelque chose, n’importe quelle chose. La nature morte subit ainsi une perversion du sens : elle n’est plus un <em>memento mori</em>, pas davantage un sévère avertissement du type « tu laisseras ton corps ». L’avertissement de la caducité de la vie qui accompagne chaque représentation de la nourriture change de signe : l’image parait même appâter l’observateur avec une exhortation alléchante : « prête ton corps ». <em>Madeleine pénitente</em> critique la légitimité éthique du parcours contemporain vers le sacré, c’est-à-dire la voie sensible, illustrée ici par l’exemple de l’opportunité facile avec laquelle nous pouvons nous mettre à la place du saint, lui prêter notre corps.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Maria Giulia Dondero</p>
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		<title>Contrepoint</title>
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		<pubDate>Tue, 19 May 2015 14:45:13 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Comme à portée de la main, des chapeaux de femmes, blancs, distribués sur des « perroquets » de circonstance (on se trouve dans quelque magasin ou sur quelque étalage de marché).]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Comme à portée de la main, des chapeaux de femmes, blancs, distribués sur des « perroquets » de circonstance (on se trouve dans quelque magasin ou sur quelque étalage de marché). Entre les perroquets, au fond, une femme en bleu, s’est coiffée d’un couvre-chef, trouvé là, en passant. L’environnement du personnage laisse entendre qu’il s’agit d’une possible acheteuse et que cette dernière en est au stade de l’essayage. Comme on sait, essayer c’est d’abord hésiter : innombrables à cet égard, sont les remarques &#8211; le plus souvent ironiques &#8211; portant sur les femmes en train d’acheter un vêtement. Le cliché photographique conforterait donc, drôlement, le cliché sociologique. Pour autant, la valeur de cette image n’est pas réductible à ce seul constat. Qu’on en juge.</p>
<p>Comme sur certains clichés de Cartier-Bresson, la scène représentée constitue une conjonction exemplaire dans la mesure où les composants de la photographie s’organisent en une « coïncidence supérieure », où ce qu’on appelle le Hasard aurait pris les allures de la Nécessité. Notre personnage a été saisie, en effet, au moment où son geste laisse voir le sac plastique qu’elle exhausse et qui porte le nom de la revue consumériste « Que choisir ? ». Comme si le sac-phylactère de la dame disait à « voix haute » ce qui est précisément en train de se tramer au deuxième plan.</p>
<p>Le rapport texte/image, dont notre photographe a fait le « cœur » &#8211; physique et sémantique &#8211; de sa prise de vue, fonctionne poétiquement et sémiotiquement :</p>
<p>Poétiquement, parce que le sac-phylactère joue le rôle d’un contrepoint. Si l’on se reporte, en effet, à la gamme de couleurs du cliché (blanc/bleu/rouge), on s’aperçoit que ledit sac, tenu par l’acheteuse, reprend très exactement les tons de la scène. Partant, qu’il est l’équivalent de la palette des peintres que ceux-ci représentent parfois sur certains autoportraits, palette qui condense, en quelques touches, le « programme chromatique » de leurs toiles.<br />
Sémiotiquement, le logo « Que choisir ? », qui désigne et commente les gestes de la dame, se donne à lire comme malicieusement redondant. Faut-il voir, en l’occurrence, la « preuve » que le monde de tous les jours peut nous « doubler », capable qu’il serait de nous intégrer dans un dessein nous dépassant? Que choisir, quand on se veut discrète, mais qu’on porte, comme un drapeau, le chiffre indiscret de l’Hésitation ?</p>
<p>Le surréalisme n’est pas très loin, qui veut que le photographe soit un passeur d’un genre nouveau, susceptible de piéger dans sa <em>camera obscura</em> des rencontres ou des correspondances improbables ou incongrues. Cartier-Bresson (on l’a dit), mais aussi des artistes comme Ronis, Bischof, Friedlander, Brassaï, Doisneau, Kertesz, etc. ont, peu ou prou, traqué ces instants « décisifs » au cours desquels la réalité bat <span class="masterTooltip" title="Songeons, par exemple, aux photographies de Ronis Pluie, place Vendôme, Paris, 1947 et Villa Médicis, Rome, 1981 ; de Bischof Retour de marché, Indochine, 1952 ; de Friedlander New York, 1962 et San Francisco, 1970 ; de Brassaï Jardin exotique, Monaco, vers 1945 ; de Doisneau Porte de l'enfer, boulevard de Clichy, Paris 9°, 1952 ; de Kertesz New Orleans, 1952.">la fiction sur son propre terrain</span>. Si le tout de la photographie (son « noème » diraient les philosophes) ne gît pas uniquement dans l’esprit des <em>snapshots</em>, il est difficile de nier, en revanche, que nous tenons, ici, l’une des manifestations majeures de sa raison d’être.</p>
<p>Du point de vue de l’iconographie, Françoise Lambert retrouve, avec bonheur, Edgar Degas dont on connaît les oeuvres relatives à cet exercice si féminin qui consista, pendant plus d’un siècle, à visiter les modistes dans leurs magasins. <em>Femme aux chapeaux</em> ne fait-il pas écho à toute une série de pastels crayonnés entre 1882 et 1886 <span class="masterTooltip" title="Chez la modiste, 1882, Petites modistes, 1882, Chez la modiste, 1884, Modiste, 1882, Chez la modiste, huile, 1882-1886.">par le grand artiste?</span> La peinture de genre (dont Degas et les Nabis sont les derniers représentants) nous a appris depuis longtemps que les « au-delà » du décor sont déjà des théâtres. Lambert, à cet égard, continue, avec humour, sur la voie des grands devanciers d’avant la photographie : <em>Femme aux chapeaux</em> redonne toute sa fraîcheur au pittoresque domestique (le familier anecdotique) avant que celui-ci ne sombre dans la complaisance. Avec <em>Femme aux chapeaux</em>, quelque chose se dévoile, où le narratif et le plastique balancent harmonieusement sans que l’un ne l’emporte sur l’autre. D’où notre contentement.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Pierre Fresnault-Deruelle</p>
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		<title>De nulle part</title>
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		<pubDate>Sat, 02 May 2015 22:26:33 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Cette image fait partie d’un ensemble de photographies, intitulé De nulle part, prises par Didier Cholodnicki dans ce qu’on appelait les pays de l’est.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Cette image fait partie d’un ensemble de photographies, intitulé <i>De nulle part</i>, prises par Didier Cholodnicki dans ce qu’on appelait les pays de l’est. Sa partie inférieure n’est qu’une étendue gris-vert qui occupe plus du tiers de la hauteur de l’image ; les tracés clairs ou sombres de rails de tramway qui la traversent et qui, sous l’effet de la perspective, élargissent leurs intervalles au premier plan, font paraître plus vaste cette zone vide. Plus haut se dressent des deux côtés d’une rue des immeubles modernes de béton, de couleur déplaisante, gris-violacé glissant au verdâtre sur le plus anguleux d’entre eux, bâtiment officiel reconnaissable comme tel aux hampes de drapeaux fixées sur sa façade. Toutes ces constructions sont de style médiocre et répétitif, d’une architecture de la sorte que l’on dit triste, désagréable à voir et à habiter aussi, pense-t-on ; elles s’établissent de guingois dans la photographie, rendant manifeste que celle-ci a été prise par quelqu’un qui vraisemblablement circulait en voiture (mais ce guingois contribue aussi au malaise diffus que suscite la médiocrité de cet univers urbain). Photographie subjective donc, faite par qui ne semble pas vouloir s’arrêter mais bien plutôt établir une distance avec ce lieu dont les couleurs ternes et les ombres qui rongent les façades semblent signifier qu’on ne saurait y être heureux.</p>
<p>Là où le premier plan de la chaussée déserte s’articule avec l’arrière-plan de la ville laide, des habitants traversent la rue en une longue théorie, réduits à des silhouettes anonymes sombres et grises, leur physionomie indiscernable, comme si dans cet habitat ingrat l’individualité de chacun se perdait et la présence humaine était vouée à se résorber dans le camaïeu des couleurs sales de la cité.</p>
<p>Le choix de ce qui est photographié et le point de vue sous lequel il l’est, comme le traitement de son apparence (dont la tonalité d’ensemble est obtenue par traitement à l’ordinateur), ainsi que le format carré qui referme le spectacle sur lui-même font de cette photographie une image symbolique. Traduisant la difficulté de vivre dans un lieu qu’elle fait paraître oppressant et suggérant le désir qu’on peut avoir d’en partir (elle est prise d’un véhicule dont on imagine qu’il s’éloigne). Didier Cholodnicki dit qu’il photographie « le théâtre des tragédies humaines ». Ici la tragédie est l’ennui de vivre.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Jean Arrouye</p>
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		<title>The Dance of nothing (en trois mouvements)</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2015 23:51:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La carte d’un pays dont on ne se souviendrait pas de l’avoir jamais vu sur une carte. Au centre une surface grise (une mer ?) traversée de lignes régulières]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em>Premier mouvement</em><br />
La carte d’un pays dont on ne se souviendrait pas de l’avoir jamais vu sur une carte. Au centre une surface grise (une mer ?) traversée de lignes régulières (des routes maritimes ? des longitudes ? des latitudes ?). Sur la droite, des surfaces ocres (des terres ?) avec des ondulations à la manière de lignes de niveaux approximatives. A gauche, d’autres terres nettement quadrillées comme sur une photographie prise d’un aéroplane. L’ensemble désigne des avenues peu compréhensibles. D’autres ramifications proviennent de ce que de l’encre a été renversée et s’est répandue en une masse uniforme d’abord, puis en filets ou en tentacules graciles recouvrant la carte, on peut le dire, de griffures inquiétantes.</p>
<p><em>Deuxième mouvement</em><br />
Le mur d’une bâtisse avec des pierres séparées par des veines de ciment. Au centre, ce qui fut une ouverture a été obturé par des moellons réguliers et gris. Sur l’ensemble vient se poser l’ombre d’un arbre noueux dont le tronc se partage en une fourche. La partie droite de celle-ci déploie une sorte de toile d’araignée – des branches sans feuille ou presque. La lumière pourrait être hivernale – mais est-on jamais sûr de ces choses-là ?</p>
<p><em>Troisième mouvement</em><br />
En haut à gauche une ferronnerie, ou un objet quelconque en fer, pose à l’esprit une question. Est-il fixé au mur dont il se détacherait ou ne s’agirait-il pas du pied d’une table qui reposerait sur un sol dallé ? Il faudrait alors passer d’une projection verticale à une horizontale, comme avec les cartes qui se lisent aussi bien sur le plateau d’une table que sur la surface d’un mur. Ainsi vont le monde et ses portulans. Le problème est de savoir comment attaquer l’œuf, par le gros bout ou par le petit ? On ignore le choix de Christophe Colomb mais on sait que son périple le conduisit aux Indes occidentales : il avait ignoré que le propre de l’œuf n’est pas de tenir debout mais de se renverser.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Jean-Louis Leutrat</p>
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