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	<title>Mucri &#187; Gravure</title>
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	<description>Musée critique de la Sorbonne</description>
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		<title>Jésus croyait au diable</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 16:16:35 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Caricature]]></category>
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		<description><![CDATA[Emile Courtet, qui prit le pseudonyme de Cohl, est connu pour avoir inventé le dessin animé au moment même où Méliès inventait les effets spéciaux au cinéma.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Emile Courtet, qui prit le pseudonyme de Cohl, est connu pour avoir <span class="masterTooltip" title=" Voir Pierre Courtet-Cohl, Bernard Génin, Emile Cohl, l’inventeur du dessin animé, Omniscience, Sophia-Antipolis, 2008.">inventé le dessin animé</span> au moment même où Méliès inventait les effets spéciaux au cinéma. Son œuvre d’images fixes est non moins notable, particulièrement ses caricatures. Il fut le disciple et l’ami d’André Gill, célèbre caricaturiste, qui lança<em>Les Hommes d’Aujourd’hui</em>, une série satirique, existant de 1878 à 1899, composée de fascicules de quatre pages, format 20x29cm, combinant une caricature en première page avec des éléments biographiques piquants, plus ou moins sérieux, dans le but de créer une sorte de panthéon satirique français. Après la mort de Gill, en 1885, Emile Cohl interviendra à l’occasion dans cette série.</p>
<p>La portrait charge est un genre de dessins qui a ses codes, inscrit dans l’air du temps. Il s’agit de faire rire d’une célébrité culturelle ou politique, à l’occasion d’un événement sujet à controverse. En 1886, Ernest Renan, qui était devenu une figure officielle de la IIIe République, publiait des dialogues philosophiques, dont <em>Le prêtre de Nemi</em> et <em>Le jour de l’an 1886</em>. Ce philologue, historien et philosophe des religions, fut une figure savante et politique très controversée et caricaturée du fait de son interprétation humaniste de la figure du Christ.</p>
<p>Ce portrait charge de Cohl n’est pas vraiment original, mais s’inscrit dans une généalogie. En effet, il s’agit d’une caricature inspirée par une estampe de <span class="masterTooltip" title="Louis Le Nain, Portrait en buste d’Ernest Renan, 1851 ( ?), eau forte, 26x16,8cm, Compiègne, musée national du château de Compiègne.">Louis Le Nain</span>. De cette eau-forte, Cohl reprend les traits de Renan en forçant sur les yeux globuleux, en accentuant les sourcils en broussaille, la lippe tordue, et le cou enfoncé dans les épaules. Par ailleurs, André Gill avait déjà croqué Ernest Renan en 1867, <span class="masterTooltip" title=" André Gill, Ernest Renan, in l’hebdomadaire &lt;em&gt;La Lune&lt;/em&gt;, 11 mai 1867, n° 62, 3e année.">dans <em>La Lune</em></span>, en sorcier chevauchant un balai au-dessus de flammes.</p>
<p><span class="masterTooltip" title="Exposée dans la maison-musée d’Ernest Renan à Tréguier. Fut présentée lors de l’exposition Emile Cohl, préparée par Pierre Courtet-Cohl, 2008.">De la caricature de Gill, Cohl</span> suit les règles du genre en cours à l’époque pour croquer une personne illustre. D’abord une grosse tête qui accuse les traits de la physionomie. Puis un petit corps chétif, l’effet comique étant produit par cette inversion des proportions, avec une tête en augmentation et un corps en diminution. Enfin, des attributs identitaires ironisant sur la situation propre au personnage. Ici Cohl met dans la main gauche de Renan une plume signalant sa fonction d’hommes de Lettres, plume biseautée pour signifier une pensée aussi acérée qu’une flèche. Sur son bras droit est assis un diablotin famélique et verdâtre qui rappelle que Renan fut <span class="masterTooltip" title="Comme le qualifiait le journaliste catholique Louis Veuillot.">un « démon »</span> pour le courant des catholiques conservateurs qui vouèrent sa philosophie aux gémonies. Ce diable correspondait à l’esprit frondeur, républicain, voire anticlérical, de Cohl. Renan sentait d’autant plus le soufre qu’il sortait du séminaire et avait une culture religieuse hors du commun. Le caricaturiste le place dans un décor géométrique analogue aux vitraux des églises du XIXe siècle, donc au cœur d’un église, campé sur un damier, flanqué de deux rosaces, la tête surmontée d’une ogive ornée de palmettes. Il s’agit bien sûr d’un pastiche de l’icône classique de Saint Mathieu écrivant sous la dictée de l’ange, en valeur inversée puisqu’un diable d’homme écrit de la main gauche sous la dictée <span class="masterTooltip" title="Renan fut caricaturé en Baphomet par Ancourt, dans &lt;em&gt;Le bouffon&lt;/em&gt;, dimanche 20 octobre 1867.">d’une sorte de Baphomet</span> se tenant à sa droite.</p>
<p>Cohl, dans un évident désir de dérision et dans un souci de légitimation politique, reprend donc une image pieuse ordinaire et une accusation de blasphème pour les retourner selon un principe de renversement des valeurs propre au charivari ou au carnaval. Dernier trait d’esprit : la signature. Au lieu de se contenter de son paraphe manuscrit habituel, il signe en latin et en capitales « EMILE COHL<em>PINXIT</em> », soit « Emile Cohl peignit cela », pastiche des signatures des peintres verriers du moyen âge ou des peintres classiques. Une manière ironique de coller à son personnage, pris entre la solennité de son sujet &#8211; Dieu- et le prosaïsme de son traitement humain. Et inversement aussi une manière pour Cohl de rappeler, par-delà ses dessins populaires imprimés sur papier journal, qu’il était occasionnellement peintre de paysages.</p>
<p>Pour prolonger :<em>Le cercle d’Emile Cohl</em>, 37 avenue du Petit Chambord, 92340 Bourg-la-Reine. http://www.emilecohl.com/</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Christophe Genin</p>
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		<title>Dans l&#8217;oeil du cyclône</title>
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		<pubDate>Tue, 19 May 2015 09:40:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[mucri]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Baiser d'Emil Rudolf Weiss représente une femme, en robe blanche, tenant dans ses bras un homme, tout de noir vêtu, qui le lui rend bien.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Le Baiser d&rsquo;Emil Rudolf Weiss représente une femme, en robe blanche, tenant dans ses bras un homme, tout de noir vêtu, qui le lui rend bien. Le couple est vu de trois-quarts dans un espace sinueux, qui s&rsquo;apparente à une bouche ouverte, offerte, ici, de biais. En dépit du titre de l&rsquo;¦uvre, on remarque que les personnages ne s&rsquo;embrassent pas à proprement parler, puisque, au lieu de « s&rsquo;affronter» , leurs têtes, bien qu&rsquo;accolées, semblent se juxtaposer. Quoi qu&rsquo;il en soit l&rsquo;image montre plus qu&rsquo;un baiser.</p>
<p>La position fort suggestive du couple dit l&rsquo;attirance sexuelle, que souligne à son tour, la composition : les amants sont à l&rsquo;espace sinueux qui les enveloppe ce que, lors d&rsquo;une pénétration, le pénis est à la vulve. Climat psychanalytique, s&rsquo;il en est.</p>
<p>La composition est ainsi faite que les personnages paraissent en danger, inconscients de l&rsquo;instabilité du monde qui les entoure. Le décor, typiquement expressionniste (on songe évidemment à Munch), signifie que nos deux amants sont le jeu de forces qui les dépassent : celles d&rsquo;une passion amoureuse « dévorante ». A ce sujet, cette vulve n&rsquo;est-elle pas également une bouche monstrueuse ? Si tel était le cas, Le Baiser serait une vision typiquement masculine puisqu&rsquo;on sait que la peur de la dévoration sexuelle est un fantasme d&rsquo;homme.</p>
<p>À L&rsquo;évidence, le couple est pris dans un maelstrom qui les emporte. Mouvement centripète des courbes ondoyantes qui vont les engloutir : déjà, le bras de la femme, mais surtout le dos de l&rsquo;homme épousent la courbe des halos blancs du tourbillon. Eros et Thanatos.</p>
<p>Deux interprétations, peuvent être avancées, qui concernent cette image « bouleversante ». Est-il question pour l&rsquo;artiste de montrer, dans ce baiser, l&rsquo;épicentre d&rsquo;une énergie rayonnante ? Ou, au contraire, le moment ultime d&rsquo;un répit, la tête des amants constituant ainsi l&rsquo;¦il de quelque cyclone ? Le noir et le blanc &#8211; couleurs autant que valeurs -,qui participent au jeu des tensions de l&rsquo;image, dramatisent à l&rsquo;extrême la scène. Partant, c&rsquo;est la seconde interprétation qui l&rsquo;emporte : le couple tente de se maintenir dans le tournoiement vertigineux des forces dissolvantes qui l&rsquo;assaillent</p>
<p>De Tristan et Yseult à Vertigo d&rsquo;Hitchcock en passant par les Affinités électives de Goethe, l&rsquo;érotisme est vécu comme une expérience limite, que Weiss, en post-romantique pessimiste renouvelle à sa façon : imprégnée de freudisme.Tomber amoureux, c&rsquo;est trouver la faille de l&rsquo;autre.</p>
<p style="text-align: right;">Auteurs : Germain Bailly, Amandine Dessolier et Pierre Fresnault</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La perpendiculaire et le niveau</title>
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		<pubDate>Fri, 01 May 2015 23:26:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[mucri]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Antiquité]]></category>
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		<description><![CDATA[L’imagerie maçonnique est discrète. Elle est surtout présente dans les arts décoratifs : textiles, céramiques, cristalleries, orfèvrerie. ]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>L’imagerie maçonnique est discrète. Elle est surtout présente dans les arts décoratifs : textiles, céramiques, cristalleries, orfèvrerie. Parfois en peinture, sous forme de portraits de maçons illustres, tel Washington, ou dans un genre « ésotérique » qui rassemble des scènes d’initiation, des figures et des formes symboliques. Elle mériterait une attention soutenue tant pour l’étude de ses codes que pour les multiples variations qu’elle en fait, et surtout pour le syncrétisme imagier qu’elle propose.</p>
<p>La gravure de Benoît-Louis Prévost (1735-1804), membre de la loge « L’Etoile polaire » est un exemple de ce syncrétisme. Ce graveur de vignettes au burin et à la pointe s’illustra par le frontispice de <em>l’Encyclopédie</em> de Diderot et d’Alembert représentant <em>La Raison et la Philosophie arrachant son voile à la Vérité rayonnante de lumière</em>, gravé en 1772 d’après un dessin de Cochin datant de 1764. Il nous présente ici une scène déroutante, qui trouble les conventions allégoriques : une femme est en posture d’adoration devant un niveau auréolé, un angelot derrière elle. Voilà qui semble saugrenu, voire insensé.</p>
<p>À vrai dire Benoît-Louis Prévost synthétise trois imageries, antique, chrétienne et compagnonnique, pour en faire une quatrième originale, ayant un sens maçonnique et révolutionnaire.</p>
<p>D’abord, la femme respecte le canon grec : elle en a le profil et la forme du pied. Pourtant la scène n’a pas de style marqué et identifiable. Cette femme agenouillée, levant les mains jointes au ciel dans une prière, semble être une Sybille, vêtue d’un péplum et d’une tunique courte, qui se tient près d’une colonne animée d’une flamme et ornée d’un bonnet phrygien, et près d’un vase à libations. En 1792 le bonnet phrygien est un indéniable attribut révolutionnaire, signe d’affranchissement et d’émancipation. Cette femme est ainsi une allégorie de la liberté dont elle ravive la flamme. Le style à l’antique donne un caractère héroïque à cette scène, montrant que la liberté résulte d’une épreuve surmontée.</p>
<p>Un angelot, ensuite, est agenouillé dans le dos de cette femme, recueilli dans une prière. Est-ce un Eros ou un Chérubin, une figure grecque ou hébraïque? La génuflexion, la tête courbée, les mains jointes relèvent de la gestique chrétienne, signifiant l’humilité et l’obéissance aux ordres du Très-Haut.</p>
<p>Logiquement nous devrions donc voir un attribut divin représenté comme l’objet de cette dévotion. Or, s’interpose, enfin, un niveau de maçon auréolé là où nous attendrions plutôt un Christ en gloire ou l’Esprit Saint. Le niveau est un outil de mesure cher aux Compagnons bâtisseurs. Il est composé d’un triangle isocèle pourvu d’un fil à plomb en son milieu. Il permet de vérifier l’horizontalité d’un plan ou d’apprécier une pente par la perpendiculaire qui coïncide ou non avec l’encoche médiane. Cet outil critique a valeur universelle comme le souligna <span class="masterTooltip" title="Voir Discours de la méthode, II.">Descartes</span>. D’outil d’ajustement, il devient symbole de vérification, de traitement égal, d’égalité politique et juridique.</p>
<p>Que vient donc faire ce niveau au centre d’une auréole ? Ici se compose l’image proprement maçonnique, et le titre de la gravure – <em>Le Géova des Français</em> – est une précieuse indication. Dans l’imagerie chrétienne, le triangle auréolé est « l’œil de Jéhovah » : œil de la conscience, inscrit dans un triangle équilatéral, symbole de la Trinité, ceint d’une gloire. Cette figure très commune orne bon nombre d’églises. Son caractère schématique, à la différence des figures incarnées du Père et du Fils, en fit un dessin de prédilection en franc-maçonnerie pour symboliser le Grand Architecte de l’Univers, principe philosophique e<span class="masterTooltip" title="Cette notion remonte au Timée, et fut théorisée par Leibniz.">d’harmonie universell</span>.</p>
<p>L’originalité de Prévost est de substituer le niveau à l’œil, avec une perpendiculaire à l’aplomb de la flamme et du bonnet phrygien. Autrement dit, le Géova des Français n’est plus, en 1792, le Dieu du « royaume très chrétien », lié à l’inégalité d’un régime de privilèges, mais le Niveau, symbole héroïque d’une égalité politique, source de liberté pour tous, à laquelle chacun doit obéissance et dévotion. Le graveur franc-maçon substitue donc à un symbole religieux et inégalitariste, le triangle de la Trinité, un symbole laïque, le niveau égalitaire, transférant la révérence de la foi vers un idéal républicain. La ferveur de cette femme en fait ainsi une figure de la vertu républicaine, ce sens moral qui place le devoir d’égalité au-dessus de l’intérêt personnel.</p>
<p class="auteur_enbas">Auteur : Christophe Genin</p>
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